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Le premier film de Nauru

24 mai 2026 par Jean-Francois Mayer

Un petit État du Pacifique vient de produire le premier film de fiction de son histoire, entièrement tourné sur son territoire. Cet événement cinématographique a pour cadre la République de Nauru, le troisième plus petit pays indépendant du monde (après la Cité du Vatican et Monaco) : quelque 12.000 habitants sur 21 kilomètres carrés, mais bel et bien représenté aux Nations Unies. La première du film Far End of the Sea a eu lieu le 15 mai 2026 à Nauru.

Je ne m’apprête pas à lancer une chronique cinématographique sur ce site. Je ne vais pas non plus tenter de vous faire croire que je me suis envolé vers un île du Pacifique pour y assister à la première d’un film : depuis le 22 mai, Far End of the Sea peut être librement regardé sur YouTube. Ces quelques lignes n’ont d’autre ambition que de partager cette petit découverte cinématographique, car je suis un peu nésomane, pour reprendre un mot que j’avais découvert dans un texte de Michel Déon pour exprimer la passion pour les îles. Quand je tombe sur un article consacré à Nauru ou à d’autres lieux exotiques, je ne manque pas de le lire : un film méritait bien un partage.

Carte générée par Gemini 3.5.

Ce moyen-métrage de 52 minutes, dont l’action est supposée se dérouler en 1842, raconte une rencontre mouvementée entre un marin écossais naufragé sur cette île inconnue et un Nauruan : ils ne parlent évidemment pas la même langue. Une bonne facture cinématographique et une histoire bien menée : le spectateur y prend plaisir et y trouve finalement une belle leçon d’humanité. Mais je ne vais pas en dire plus et vous laisse découvrir Far End of the Sea si vous en avez envie.

Capture d’écran d’une scène de Far End of the Sea.

Ce film de Matthew Holmes a été produit par Pleasant Island Productions en association avec le gouvernement de la République de Nauru. « Pleasant Island » fut le nom d’abord donné à Nauru par les marins britanniques qui atteignirent en 1798 cette île isolée, à 42 kilomètres au sud de l’équateur. À l’origine du projet se trouvent notamment les deux acteurs principaux : Jamie Coffa, un Australien de Melbourne, mais qui a passé une partie de son enfance à Nauru, et Cramer Cain, un acteur nauruan qui a fait carrière en Australie.

Capture d’écran d’une scène de Far End of the Sea.

La majorité des autres acteurs ou figurants et membres de l’équipe de tournage sont des Nauruans, assistés par treize professionnels australiens[1]. Il leur a aussi fallu apporter une tonne de matériel depuis l’Australie, vu les ressources locales limitées. On devine la fierté que ressentent le gouvernement et les habitants de ce tout petit pays à voir sortir un tel film, qui devrait être présenté dans plusieurs festivals internationaux.

Capture d’écran d’une scène de Far End of the Sea.
L’étoile à douze pointes du drapeau de la République de Nauru évoque les douze tribus de l’île (Illustration générée par Gemini 3.5).

Comme on le sait, et comme j’y avais allusion dans un compte rendu de livre, publié il y a plusieurs années sur ce site, une grande partie de l’île a été dévastée pour longtemps par l’exploitation des phosphates. J’avais ce souvenir de photographies de paysages dantesques en mémoire, avec des installations industrielles rouillées, et ces réflexions de cinéastes documentaires présentant des images de l’île : « Pour être honnête, passer du temps à Nauru fait penser au poème épique de John Milton, Le Paradis perdu. »[2]

Mais Far End of the Sea, tourné sur sept sites de l’île, nous fait découvrir qu’il reste sur l’île quelques espaces aux paysages intacts et à la végétation luxuriante. En regardant le film, rien ne laisse deviner l’envers du décor : il vient ainsi soutenir les efforts pour ne pas associer l’île uniquement à ses zones écologiquement sinistrées, mais aussi à sa culture et à la résilience d’une population attachée à sa petite patrie. « Alors que les étrangers n’y voient peut-être qu’un minuscule point dans l’océan, les Nauruans y voient le centre de notre univers. »[3]

Capture d’écran d’une scène de Far End of the Sea.

Et si vous ne saviez pas où se trouvait Nauru avant de lire cet article, une petite mise en garde au moment où vous vous apprêtez enfin à placer Nauru sur votre carte mentale du monde : son nom va bientôt changer. Ce mois même, les 16 membres du Parlement de Nauru ont adopté un amendement à la Constitution pour remettre à l’honneur le nom indigène du pays : Naoero[4]. La décision deviendra effective une fois approuvée par un référendum national. Il faut préciser que Nauru a sa propre langue, le nauruan (dorerin Naoero )[5]. Le changement de nom du pays vise à mieux relier les habitants à leur héritage culturel et linguistique : un désir à la réalisation duquel participe assurément le premier film de fiction de Nauru, par lequel Nauru espère aussi se faire un peu mieux connaître dans le monde[6].

Jean-François Mayer

Notes

  1. « Nous voulions offrir à des créatifs de Nauru l’occasion de travailler aux côtés de cinéastes expérimentés . (…) L’objectif était de partager des compétences et de contribuer à jeter les bases d’une production narrative locale plus importante à l’avenir. » (« New trailer ! Australian filmmakers assist Nauru to make cinematic history with Nation’s first film », Cinema Australia, 18 mars 2026, https://​cinemaaustralia​.com​.au/​2​0​2​6​/​0​3​/​1​8​/​n​e​w​-​t​r​a​i​l​e​r​-​a​u​s​t​r​a​l​i​a​n​-​f​i​l​m​m​a​k​e​r​s​-​a​s​s​i​s​t​-​n​a​u​r​u​-​t​o​-​m​a​k​e​-​c​i​n​e​m​a​t​i​c​-​h​i​s​t​o​r​y​-​w​i​t​h​-​n​a​t​i​o​n​s​-​f​i​r​s​t​-​f​i​lm/) ↑
  2. Ils ajoutent cependant : « Pourtant, entourée de corail et de rochers escarpés, avec ses mines de phosphate en ruine et ses infrastructures vieilles de quarante ans, l’île regorge de lieux fascinants pour les cinéastes et recèle une histoire captivante pour tout réalisateur de documentaires désireux de la raconter. » (https://​www​.mediapioneers​.net/​c​o​u​n​t​r​i​e​s​/​n​a​u​ru/) ↑
  3. « What Nauruans Wish the World Knew About Them », https://​www​.nauruisland​.org/​c​u​l​t​u​r​e​/​w​h​a​t​-​n​a​u​r​u​a​n​s​-​w​i​s​h​-​w​o​r​l​d​-​k​n​e​w​-​a​b​o​u​t​-​t​hem. ↑
  4. « Le président David Adeang a déclaré que le changement de nom de Naoero n’avait pas été décidé par les Nauruans eux-mêmes, mais par des étrangers. “Le nom de Nauru a vu le jour parce que Naoero était difficile à prononcer pour les étrangers ; ce changement n’a pas été fait par choix, mais par souci de commodité”, a déclaré le président Adeang. » (« Nauru moves to change name to Naoero », 14 mai 2026, https://​advancenauru​.com/​2​0​2​6​/​0​5​/​1​4​/​n​a​u​r​u​-​m​o​v​e​s​-​t​o​-​c​h​a​n​g​e​-​n​a​m​e​-​t​o​-​n​a​o​e​ro/). ↑
  5. J’ai demandé à un outil d’intelligence artificielle (Gemini) si le nauruan présente une proximité avec d’autres langues micronésiennes ou constitue une langue à part. J’extrais ces informations centrales à partir de la réponse détaillée que j’ai reçue : « Le nauruan (dorerin Naoero) occupe une place particulièrement fascinante et longuement débattue au sein de la linguistique océanienne. Pour résumer : il s’agit bien d’une langue micronésienne, mais elle a évolué de manière si isolée et atypique qu’elle a longtemps été considérée comme une langue totalement à part. » L’écart avec les autres langues micronésiennes s’expliquerait par trois facteurs majeurs : une dérive phonétique extrême, l’isolement géographique et l’influence coloniale et moderne (emprunts massifs à l’allemand, à l’anglais, et aux langues des travailleurs immigrés — notamment chinois et gilbertais — venus pour l’exploitation du phosphate. Selon les études linguistiques les plus récentes, les spécificités du nauruan pourraient donc être « moins le signe d’une séparation très ancienne que le résultat d’une accélération phénoménale de ses changements linguistiques internes ». ↑
  6. Si vous souhaiter aller voir le pays de plus près (visa obligatoire), Nauru est parfois décrit comme « le pays le moins visité du monde », avec quelque 200 touristes annuellement. Mais, en 2024, le nombre aurait doublé, car des voyageurs amateurs de destinations inhabituelles sont attirés par cette destination. Avec sa flotte de sept avions (dont trois uniquement destinés au fret), Nauru Airlines dessert l’Australie (Brisbane) et quelques autres destinations de la région. ↑

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